LETTRE GOURMANDE…
PAUL REBOUX : (pseudonyme d’André Amillet)
Ecrivain français. Né le 21 mai 1877 à Paris, mort à Nice le 14 février 1963.
Il est surtout connu pour ses pastiches, « A la manière de » qu’il composa de 1908 à 1913 avec Charles Müller.
Mais écrivain prolixe, il a expérimenté tous les moyens d’expressions et fut tour à tour ou en même temps : journaliste, critique littéraire, cinématographique, dramatique, critique culinaire, conférencier radiophonique, et devint même à la fin de ses jours un spécialiste de la radiesthésie. Il a laissé une œuvre d’historien qui eut un grand succès auprès du grand public avant la Seconde Guerre mondiale, et qui sut mêler avec astuce l’anecdote et le romanesque, et donner à certaines figures des siècles passés une présence certaine (…)
DICTIONNAIRE DES AUTEURS.
La Bonne Cuisine aux Colonies (1931)
Avez-vous jamais été invité à un dîner créole ?
Peu de régals sont aussi savoureux.
Cela débute par le « punch », fait d’eau sucrée au point de devenir presque sirupeuse, et dans laquelle on verse un rhum vieux, mêlé de quelques tranches de citron vert et de glace pilée. Le breuvage est amplement battu et devient quelque chose de mousseux, dont la fraîcheur est délicieuse.
La table devant laquelle vous irez vous asseoir sera garnie de vastes jardinières de fleurs, où voisineront des barbadines qui semblent des melons roses et brillants ; des goyaves qui empruntent à l’ambre sa chaude couleur ; des pommes cajou que couronne une noix ; des pommes-cannelles dont la légère pulpe sucrée fond en bouche comme crème chantilly ; des mangues qui mettront parmi ces fruits leur tache d’or. Et, coupole de ce savant édifice, l’ananas-roi dominera le tout de sa silhouette écailleuse.
Et l’on vous servira du bouillon de crabes, ce bouillon dit : calalou, fait de crabes conservés dans un tonneau, nourris de pain et de piments qui les aromatisent.
On vous servira du féroce, c’est-à-dire de la morue grillée, que l’on mange beurrée d’une tranche d’avocat, ce fruit qui ressemble à une sorte de crème, et frottée d’un peu d’huile et de piments-oiseau, cette épice minuscule, mais incendiaire quand on en abuse.
Des petits beignets rissolés succéderont à cette morue, suivis eux-mêmes d’une énorme taupe, qui forme un succulent plat de gibier sous le nom de manicou.
Assurément, votre hôte n’omettra pas les vers palmistes, larves de scarabées, que l’on embroche tout vivants, qu’on fait griller, dorer, qu’on arrose de jus de citron et d’échalote, et dont le goût d’amandes s’enrichit des saveurs de l’assaisonnement.
Une glace au coco terminera le repas.
Mais ce qui ajoute à l’agrément de ces plats, c’est l’impression d’hospitalité et de cordialité, l’absence de contrainte qui rend si précieux le souvenir d’un repas créole.
Ajoutez-y ce parfum dont on se sent pénétré après avoir bu l’un de ces cafés de là-bas, préparés selon les anciennes traditions avec de la poudre de grains de café mise dans un sachet pour parfumer une bassine d’eau bouillante.
Ajoutez enfin un peu de rhum d’habitant, ce rhum exceptionnel que cinquante ans de contact avec la paroi d’une barrique fabriquée en France et d’évaporation parmi les chaleurs tropicales transforment en quelque chose d’extraordinairement aromatique, où la vieille Europe et les chaudes Antilles ont collaboré.
Après un tel repas, asseyez-vous dans un fauteuil à bascule.
Dehors il fait très chaud. Les arbres sont immobiles. Le soleil trace sont itinéraire quotidien par un rayon poudroyant et lumineux qui perce l’ombre où vous vous abritez. Dehors, règne le silence accablé qui caractérise les journées antillaises. Une vielle, là-bas chante une complainte. Une porte de temps en temps, fait entendre son battement.
La torpeur exquise de la paresse vous gagne. Vous savez bien qu’au dehors, la chaleur est insoutenable et que, là où vous vous trouvez, règne une hospitalière fraîcheur. Le mouvement du fauteuil vous aère tout juste autant qu’il le faut. Vous vous laissez allez à quelque agréable rêverie. Il semble que votre sang s’immobilise. Et cet arrêt de la vie a quelque chose de voluptueux au même titre que l’arrêt de la vie causé par l’amour, ou dit-on, que l’arrêt de la vie causé par la mort. Vous fermez vos paupières, dont vous percevez encore mollement la rose transparence. La brise du ventilateur rafraîchit votre poitrine découverte. Qu’on est bien ainsi, loin des hommes, loin de la vie, loin de la pensée, dans une béatitude qui n’est plus qu’à demi-consciente, dans une lourdeur qui s’achemine vers le sommeil…
Pourvu qu’aucun bruit ne vous réveille !... Mais non… Durant la journée aux Antilles, on peut avoir confiance… Personne ne bouge… Personne ne travaille… Laissez-vous donc ensevelir par cette douceur souveraine… laissez-vous couler dans la profondeur ténébreuse… Déjà, vous ne percevez plus rien que la très vague envie consciente d’une absence de perception. Bonne sieste… Assez tôt viendra le réveil.
La mort heureuse du repos, la mort acceptée et d’où la vie renaîtra, n’est-elle pas, de tous les états de l’être humain, celui qui procure la volupté la plus précieuse ?
Quand Paul Reboux affirme que là-bas, (on ne sait où ?) personne ne travaille !
Même en 1931, les gens pour vivre, étaient obligés de travailler… A-t-il fait un voyage imaginaire ?
Et où a-t-il donc mangé ?
« La description du féroce, est des plus fantaisiste, quand on la compare au plat réel : une purée à base de morue émiettée et d’avocat écrasé, d’aromates et de semoule de manioc appelée là-bas « farine manioc » qui épaissit le tout. »
Et les goyaves ? En a-t-il vraiment vue ? Elles sont jaunes quand elles sont mûres, je n’ai jamais vu de goyave « couleur d’ambre » ! La glace au coco, ne termine pas forcément le repas, d’autres pâtisseries sont servies là-bas…
A mon avis cet homme avait fait trop bonne chair et bu un peu trop de « ti punch », pour être dans cet état de petite mort !…