IN VINO VERITAS…
Chaque année en Bourgogne, les confréries se
rassemblent pour la Saint Vincent.
Ici la procession des chevaliers du Tastevin à Nuits-Saint-Georges.
[…] Une affaire de plaisir partagé mais aussi de mémoire et de civilisation. L’histoire de la vigne, c’est l’histoire de la chrétienté.
Apparue dans le Caucase, la viticulture a gagnée la Méditerranée par l’intermédiaire de la Mésopotamie (Civilisation entre deux fleuves ; le Tigre et l’Euphrate), de la Syrie et de la Palestine, jusqu’à parvenir en Grèce, puis en Italie, d’où les romains l’ont implanté en Europe à mesure de leurs conquêtes : pour eux la vigne était un symbole de puissance et de civilisation. Quand l’Empire a fini par se disloquer, les structures de l’Eglise sont restées debout. Complètement romaine elle a perpétué la tradition vinicole. C’est ainsi qu’on doit aux évêques et aux moines la plupart des vignobles de Gaule. Le goût du vin est ainsi parvenu jusqu’à nous par l’Eglise. […]
[…] En assumant la tradition juive du vin servi aux amis des Noces de Cana à la Cène de la Pâque, c’est le Christ en personne qui a définitivement confirmé la noblesse d’une boisson qui réjouit le cœur. […]
[…] De nos jours en cette fin janvier, au cœur de l’hiver, ce sera fête, du moins en Bourgogne. Traditions vinicoles et chrétiennes se donnent rendez-vous autour de Saint Vincent, patron des vignerons. On célèbre ici Vincent de Saragosse, archidiacre espagnol, supplicié au IVe siècle pour avoir refusé d’adorer l’Empereur […]
[…] Le rendez-vous prend une allure exceptionnelle cette année, avec la candidature des terroirs de Bourgogne, appelés ici « climats », au patrimoine mondial de l’Unesco […]
[…] La Saint Vincent est une fête à la fois religieuse et païenne. Mais même sans être pratiquant, concevoir la Saint Vincent sans la messe c’est inimaginable. C’est un christianisme culturel, solide et bon à prendre. […]
La Messe solennelle de la Saint Vincent en l’église
Saint-Symphorien à Nuits-Saint-Georges.
[…] Chaque village de la Bourgogne, du Chablisien au Mâconnais organise localement la cérémonie, en comité privé ou de façon publique, mais toujours autour d’une statue du Saint. Ainsi à Beaune, Henri Cauvard président de la société de Saint Vincent dit : « Après la messe du matin, la statue que j’ai gardé un an chez moi, sera portée en procession chez le nouveau récipiendaire, qui offrira à tous une dégustation de son vin. »
Au diable l’avarice, le week-end suivant, on prend les mêmes et on recommence : place à la Saint Vincent tournante, lancée en 1938 par la confrérie des Chevaliers du Tastevin, et reçue chaque année depuis par un village viticole […]
Thibaut DARY
Extrait de Famille Chrétienne.