Les crêpes ayant complètement occulté la Présentation de Jésus au Temple le jour de la Chandeleur.
Je vous offre aujourd'hui un magnifique tableau de Rogier van der Veyden.
Présentation de Jésus au Temple
Le peintre Rogier van der Veyden, un des plus grands flamands du XVe siècle, situe la scène dans le Temple de Jérusalem. Il est représenté comme une église romane, avec une nef couverte par un plafond en charpente, où se déroule l'action du premier plan, et une vaste rotonde au second plan, voûtée et pourvu d'un triforium et de fenêtres hautes, évoquant Aix-la-Chapelle.
C'est un symbole classique de la peinture flamande : l'architecture romane représente l'Ancien Testament, le Temple de Jérusalem est donc figuré en style roman.
Au centre de la scène, Marie, jeune et sérieuse, ravissante et émouvante mais aussi déterminée, drapée dans un immense voile bleu peint avec la précieuse pierre de Lapis Lazuli, le visage strictement encadré par une guimpe blanche, confie son Fils à Siméon qui le prend, comme il se doit dans l'art médiéval, avec les mains voilées en signe de respect. Le profil de la Vierge est pure et touchant, il fait penser à une médaille. Jésus semble endormi, s'abandonnant en toute confiance.
Il est écrit en latin, à gauche de la tête de l'Enfant comme si les mots sortaient de la bouche de Siméon, les paroles tirées de l'évangile de Luc, que l'on dit toujours à l'office de Complies. Derrière Siméon, qui s'apprête à prononcer sa prophétie à la Vierge Marie : « Un glaive te transpercera le cœur... » apparaît la vielle prophétesse Anne. Elle porte une guimpe blanche comme les femmes du XVe siècle. Ces trois protagonistes sont, avec l'Enfant Divin, autour de l'autel sur une estrade surélevé de trois marches, comme pour un autel catholique.
A gauche, immédiatement derrière Marie, Joseph, très attentif, tient un cierge (la fête liturgique de la Présentation célébrée le 2 février s'appelle aussi la Chandeleur, mots qui vient de chandelles, car on y allume des cierges à la procession, pour célébrer le Christ Lumière du monde.)
Les peintres flamands figurent aussi souvent Joseph tenant une bougie à la Nativité, car il est le protecteur et le père adoptif de Jésus, Lumière né de la Lumière, incarné dans notre monde. La servante de la Sainte Famille, depuis Bethléem et qui ira avec eux en Egypte, Salomé selon la tradition, est d'une élégance consommée avec sa robe bordée de fourrure grise. Elle porte les deux jeunes tourterelles offertes dans un petit panier d'osier. Elle est coiffée d'un chapeau médiéval nommé touret, qui laisse passer sa longue chevelure châtain clair nattée. Un amusant petit chien blanc, emblème de la fidélité, tel qu'en avaient les Dames de qualités au Moyen-Âge, la suit.
Au fond à gauche, un mendiant souffreteux à la jambe bandée se tient appuyé à une des colonnes de la rotonde. Un bourgeois vêtu de rouge entre dans le Temple et semble mettre la main à sa bourse pour y chercher une pièce. Un autre mendiants âgé reste assis dehors près du porche.
Les coloris, extraordinairement conservés, récapitulent les trois couleurs fondamentales et complémentaires des primitifs flamands : le bleu de pur Lapis Lazuli du voile de Marie, le vert émeraude brillant (peint avec de la malachite) de la robe de la suivante, et le rouge, vermillon éclatant du capuchon de Siméon et écarlate du manteau de Joseph. S'y ajoute des couleurs sourdes et inhabituelles : bleu de Prusse du manteau de Siméon, amarante des manches de Salomé.
Cette présentation au Temple est le volet droit du grand triptyque de l'adoration des mages ou autel de sainte Colombe. Le triptyque se trouvait jusqu'en 1808 dans le baptistère Sainte Colombe à Cologne. On remarque une symbolique liturgique et Eucharistique dans ce triptyque. La Présentation au Temple, notamment, évoque l'Offertoire lors de la messe.
Marie-Gabrielle Leblanc