Latone et ses enfants, Diane et Apollon,
par les frères Marsy, (1668-1670) Parc de Versailles.
Le parterre de Latone.
[…] Au bas de ce degré Latone et ses jumeaux
De gens durs et grossiers font de vils animaux,
Les changent avec l’eau que sur eux ils répandent.
Déjà les doigts de l’un en nageoires s’étendent ;
L’autre en le regardant est métamorphosé :
De l’insecte et de l’homme un autre est composé :
Son épouse le plaint d’une voix de grenouille ;
Le corps est femme encor. Tel lui-même se mouille,
Se lave, et plus il croit effacer tous ses traits,
Plus l’onde contribue à les rendre parfaits.
La scène est un bassin d’une vaste étendue.
Sur les bords cette engeance insecte devenue
Tâche de lancer l’eau contre les déités.
A l’entour de ce lieu, pour comble de beautés,
Une troupe immobile et sans pieds se repose,
Nymphes, Héros, et Dieux de la métamorphose,
Termes, de qui le sort semblerait ennuyeux
S’ils n’étaient enchantés par l’aspect de ces lieux.
Deux parterres ensuite entretiennent la vue.
Tous deux ont leurs fleurons d’herbe tendre et menue ;
Tous deux ont un bassin qui lance ses trésors,
Dans le centre en aigrette, en arcs le long des bords.
L’onde sort du gosier de différents reptiles.
Là sifflent les lézards, germains des crocodiles ;
Et là mainte tortue apportant sa maison
Allonge en vain le cou pour sortir de prison.
Enfin par une allée aussi large que belle
On descend vers deux mers d’une forme nouvelle.
L’une est un rond à pans, l’autre est un long canal.
Miroirs où l’on a point épargné le crystal. […]
Jean de La Fontaine
Extrait de : « Les Amours de Psyché et Cupidon ».
Les paysans lyciens au moment de leur métamorphose en grenouille.
Ils ornent l’étage inférieur du buffet d’eau conçu par Hardouin-Mansart en 1687.
Ovide avait déjà raconté la redoutable puissance de Latone, mère de deux jumeaux, dans « Les Métamorphoses ».
[…] Ces hommes, pourtant, s’entêtent à opposer à ses prières un refus ; ils y joignent des menaces, si elle ne consent à s’éloigner, et, par surcroît, des injures. Ils ne s’en contentent pas ; eux-mêmes, des pieds, des mains, troublèrent l’eau de l’étang, du fond duquel, en le piétinant méchamment, ils firent çà et là monter à la surface la vase molle. La colère l’emporta sur la soif. Aussi la fille de Coeus renonce à supplier des êtres indignes de l’entendre ; elle ne supporte pas de tenir plus longtemps un langage au-dessous d’une déesse ; et, levant ses mains tournées vers les astres : « A jamais, dit-elle, puissiez-vous vivre dans votre étang ! » Le souhait de la déesse s’accomplit.
Leur plaisir est de vivre sous l’eau, tantôt de plonger leur corps entier dans les profondeurs du marais, tantôt de sortir la tête hors de l’eau, tantôt de nager à sa surface, souvent de venir se poser sur la rive, souvent de sauter de nouveaux dans les ondes froides de l’étang. Mais aujourd’hui encor leur langue sans retenue se dépense en disputes, et, sans vergogne, bien que plongés dans l’eau, dans l’eau même ils s’essayent à l’insulte. Leur voix aussi est maintenant rauque, et leur cou qui se gonfle d’air, enfle ; leurs injures mêmes élargissent leur grande bouche béante. Leur dos touche leur tête, et leur cou semble avoir été coupé ; leur échine verdit, leur ventre, la partie la plus considérable de leur corps, blanchit. Et, dans les gouffres fangeux, ils sautent maintenant, bêtes nouvelles : se sont les grenouilles. […]
Il ne faut pas user la patience des dieux… cela est toujours dangereux !
Liviaaugustae