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    Dire un Ave...

     

    La Vierge à l'Enfant aux pigeons

     

    (image internet)

     



     



     

    Ce poème d’Apollinaire montre combien Marie peut être notre soutien, même dans les moments de tempête et de tourment ; que même quand, fatigués, nous ne croyons plus en rien, elle reste près de nous et nous tend la main.

     



     



     

    Pour n'avoir jamais oublié de dire chaque jour un Ave.

     

    Quand j'étais un petit enfant

     

    Ma mère ne m'habillait que de bleu et de blanc

     

    O Sainte Vierge

     

    M'aimez-vous encore

     

    Moi je sais bien que je vous aimerai

     

    Jusqu'à ma mort

     

    Et cependant c'est bien fini

     

    Je ne crois plus au ciel ni à l'enfer

     

    Je ne crois plus je ne crois plus

     

    Le matelot qui fut sauvé

     

    Pour n'avoir jamais oublié

     

    De dire chaque jour un Ave

     

    Me ressemblait me ressemblait

     

    Apollinaire

     



     



     

    J'avoue que j'ai été étonnée de lire ces mots sous la plume d'Apollinaire, ce qui prouve que l'empreinte du Baptême ne s'efface qu'avec la mort !

     

    Livuaaugustae

     


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    N'ayant pas été à Grenade, je n'ai pu contempler le jardin du Généralife, encore moins son laurier, je vous offre donc le laurier du jardin...

     

     

     

    Le laurier du jardin...

     

     

     

     

     

    Le laurier du Généralife

     

    Dans le Généralife*, il est un laurier-rose,
    Gai comme la victoire, heureux comme l'amour.
    Un jet d'eau, son voisin, l'enrichit et l'arrose ;
    Une perle reluit dans chaque fleur éclose,
    Et le frais émail vert se rit des feux du jour.

    Il rougit dans l'azur comme une jeune fille ;
    Ses fleurs, qui semblent vivre, ont des teintes de chair.
    On dirait, à le voir sous l'onde qui scintille,
    Une odalisque nue attendant qu'on l'habille,
    Cheveux en pleurs, au bord du bassin au flot clair.

    Ce laurier, je l'aimais d'une amour sans pareille ;
    Chaque soir, près de lui, j'allais me reposer ;
    A l'une de ses fleurs, bouche humide et vermeille,
    Je suspendais ma lèvre, et parfois, ô merveille !
    J'ai cru sentir la fleur me rendre mon baiser...

     

    Théophile Gautier

     



     



     

    *Le généralife est un jardin dans l'Allambra de Grenade

     

     


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    En ce mois de mai, qui est aussi le mois de Marie, je vous propose, ce joli poème que Leconte de Lisle lui dédia !

     

     

     

     

    Le mois de Marie...

    La Vierge et l'Enfant Jésus

     

    Pierre-Paul et Jan Rubens

     



     



     

    Terre ! oublie en un jour ton antique détresse !

     

    "Ah ! de sa tige d'or quand cette Fleur du ciel
    Tomba pour embaumer les vallons d'Israël,
    Que les vents étaient doux qui passaient dans les nues !
    Tu vis naître, ô Saron, des roses inconnues !
    Tes palmiers, ô Gadès, émus d'un souffle pur,
    Bercèrent, rajeunis, leurs palmes dans l'azur !
    Ton cèdre, ô vieux Liban, noir d'une ombre profonde,
    Croyant qu'il revoyait les premiers jours du monde,
    Salua le soleil qui brilla sur Eden !
    Le parfum oublié de l'antique jardin,
    Comme un cher souvenir et comme une promesse,
    Des enfants de l'exil adoucit la tristesse,
    Et de célestes voix, en chants harmonieux,
    Dirent ton nom, Marie, à l'univers joyeux.

    Terre ! oublie en un jour ton antique détresse !
    O Cieux ! comme les mers, palpitez d'allégresse !
    La Vierge bienheureuse est née au sein de Dieu !
    Elle vole, aux clartés de l'arc-en-ciel en feu,
    La Colombe qui porte à l'arche du refuge
    Le rameau d'olivier qui survit au déluge !
    Le mystique rosier va parfumer les airs !
    L'Etoile matinale illumine les mers !
    Saluez, bénissez, créatures sans nombre,
    Celle que le Très-Haut doit couvrir de son ombre,
    Et qui devra porter, vierge, en ses flancs bénis,
    Le Dieu qui précéda les siècles infinis !"

    Leconte de Lisle

     

     


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    (image internet)

     

    Les deux Pigeons

     

    Deux Pigeons s’aimaient d’amour tendre :
    L’un d’eux, s’ennuyant au logis,
    Fut assez fou pour entreprendre
    Un voyage en lointain pays.
    L’autre lui dit : « Qu’allez-vous faire ?
    Voulez-vous quitter votre frère ?
    L’absence est le plus grand des maux :
    Non pas pour vous, cruel ! Au moins, que les travaux,
    Les dangers, les soins du voyage,
    Changent un peu votre courage.
    Encore, si la saison s’avançait davantage !
    Attendez les zéphyrs : qui vous presse ? un corbeau
    Tout à l’heure annonçait malheur à quelque oiseau.
    Je ne songerai plus que rencontre funeste,
    Que faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
    Mon frère a-t-il tout ce qu’il veut,
    Bon soupé, bon gîte, et le reste ? »
    Ce discours ébranla le cœur
    De notre imprudent voyageur ;
    Mais le désir de voir et l’humeur inquiète
    L’emportèrent enfin. Il dit : « Ne pleurez point ;
    Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite :
    Je reviendrai dans peu conter de point en point
    Mes aventures à mon frère ;
    Je le désennuierai. Quiconque ne voit guère
    N’a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
    Vous sera d’un plaisir extrême.
    Je dirai : J’étais là ; telle chose m’advint :
    Vous y croirez être vous-même. »
    À ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu.
    Le voyageur s’éloigne : et voilà qu’un nuage
    L’oblige de chercher retraite en quelque lieu.
    Un seul arbre s’offrit, tel encore que l’orage
    Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
    L’air devenu serein, il part tout morfondu,
    Sèche du mieux qu’il peut son corps chargé de pluie ;
    Dans un champ à l’écart voit du blé répandu,
    Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie ;
    Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d’un lacs,
    Les menteurs et traîtres appas.
    Le lacs était usé ; si bien que, de son aile,
    De ses pieds, de son bec, l’oiseau le rompt enfin :
    Quelque plume y périt, et le pis du destin
    Fut qu’un certain vautour, à la serre cruelle,
    Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
    Et les morceaux du lacs qui l’avait attrapé,
    Semblait un forçat échappé.
    Le vautour s’en allait le lier, quand des nues
    Fond à son tour un aigle aux ailes étendues.
    Le Pigeon profita du conflit des voleurs,
    S’envola, s’abattit auprès d’une masure,
    Crut, pour ce coup, que ses malheurs
    Finiraient par cette aventure ;
    Mais un fripon d’enfant (cet âge est sans pitié)
    Prit sa fronde, et du coup tua plus d’à moitié
    La volatile malheureuse,
    Qui, maudissant sa curiosité,
    Traînant l’aile et tirant le pied,
    Demi-morte et demi-boiteuse,
    Droit au logis s’en retourna :
    Que bien, que mal, elle arriva,
    Sans autre aventure fâcheuse.
    Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
    De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
    Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
    Que ce soit aux rives prochaines.
    Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,
    Toujours divers, toujours nouveau ;
    Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.
    J’ai quelquefois aimé : je n’aurais pas alors,
    Contre le Louvre et ses trésors,
    Contre le firmament et sa voûte céleste,
    Changé les bois, changé les lieux
    Honorés par les pas, éclairés par les yeux
    De l’aimable et jeune bergère
    Pour qui, sous le fils de Cythère,
    Je servis, engagé par mes premiers serments.
    Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
    Faut-il que tant d’objets si doux et si charmants
    Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
    Ah ! si mon cœur osait encore se renflammer !
    Ne sentirai-je plus de charme qui m’arrête ?
    Ai-je passé le temps d’aimer ?

     

    Jean de La Fontaine

     



     

    Et combien aujourd'hui,

     

    Délaissant le logis,

     

    S'en vont par les chemins,

     

    Par les airs, les routes et les mers,

     

    Pour chercher aventure, fortune et nouveauté,

     

    Laissant traîner derrière eux des cœurs malheureux ?

     

    Liviaaugustae

     


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    On a tous peu ou prou, dans la tête un vieux château que l'on visite quand la vie nous afflige et que l'âme pèse trop lourd...

     

    Liviaaugustae

     

     

     

    Souvenirs...

    (image internet)

     



     



     

    Le château du Souvenir

     

    La main au front, le pied dans l'âtre,
    Je songe et cherche à revenir,
    Par delà le passé grisâtre,
    Au vieux château du Souvenir.

    Une gaze de brume estompe
    Arbres, maisons, plaines, coteaux,
    Et l'œil au carrefour qui trompe
    En vain consulte les poteaux.

    J'avance parmi les décombres
    De tout un monde enseveli,
    Dans le mystère des pénombres,
    A travers des limbes d'oubli.

    Mais voici, blanche et diaphane,
    La Mémoire, au bord du chemin,
    Qui me remet, comme Ariane,
    Son peloton de fil en main.

    Désormais la route est certaine ;
    Le soleil voilé reparaît,
    Et du château la tour lointaine
    Pointe au-dessus de la forêt.

    Sous l'arcade où le jour s'émousse,
    De feuilles, en feuilles tombant,
    Le sentier ancien dans la mousse
    Trace encor son étroit ruban.

    Mais la ronce en travers s'enlace ;
    La liane tend son filet,
    Et la branche que je déplace
    Revient et me donne un soufflet.

    Enfin au bout de la clairière,
    Je découvre du vieux manoir
    Les tourelles en poivrière
    Et les hauts toits en éteignoir.

    Sur le comble aucune fumée
    Rayant le ciel d'un bleu sillon ;
    Pas une fenêtre allumée
    D'une figure ou d'un rayon.

    Les chaînes du pont sont brisées ;
    Aux fossés la lentille d'eau
    De ses taches vert-de-grisées
    Étale le glauque rideau.

    Des tortuosités de lierre
    Pénètrent dans chaque refend,
    Payant la tour hospitalière
    Qui les soutient... en l'étouffant.

    Le porche à la lune se ronge,
    Le temps le sculpte à sa façon,
    Et la pluie a passé l'éponge
    Sur les couleurs de mon blason.

    Tout ému, je pousse la porte
    Qui cède et geint sur ses pivots ;
    Un air froid en sort et m'apporte
    Le fade parfum des caveaux.

    L'ortie aux morsures aiguës,
    La bardane aux larges contours,
    Sous les ombelles des ciguës,
    Prospèrent dans l'angle des cours.

    Sur les deux chimères de marbre,
    Gardiennes du perron verdi,
    Se découpe l'ombre d'un arbre
    Pendant mon absence grandi.

    Levant leurs pattes de lionne
    Elles se mettent en arrêt.
    Leur regard blanc me questionne,
    Mais je leur dis le mot secret.

    Et je passe. - Dressant sa tête,
    Le vieux chien retombe assoupi,
    Et mon pas sonore inquiète
    L'écho dans son coin accroupi. […]

     

    Théophile Gautier

     

     


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