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    L'été est arrivé, l'exode vers les plages ou vers la campagne par les plus chanceux a vidé la ville.

     

    Au cœur de cette ville presque morte, il ne reste que les « sans dents » (pour citer l'ex président) et « les gens qui ne sont rien » (pour citer le nouveau président) qui ne peuvent partir... faute de moyens.

     

    Liviaaugustae

     

     

     

    La sieste...

    Soleil à travers les feuilles...

     

    (image internet)

     

     

     

     

     

    La sieste

     

     

     

    Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,

     

    Tout dort sous les grands bois accablés de soleil

     

    Où le feuillage épais tamise un jour pareil

     

    Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.

     

     

     

    Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde

     

    Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,

     

    De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil

     

    Qui allonge et se croise à travers l'ombre chaude.

     

     

     

    Vers la gaze de feu que trament les rayons,

     

    Vole le frêle essaim de riches papillons

     

    Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

     

     

     

    Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,

     

    Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,

     

    Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.

     

    José-Maria de Hérédia

     


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    Pour terminer ce mois de mai, mois dédier à Marie, je vous offre un poème du Révérend Père Félix Anizan que je trouve très beau.

     

    Liviaaugustae

     

     

     

     

    Prière à la Vierge...

     

     

     

    Et je sens le bonheur m'inonder doucement

     


    Encore un de mes jours envolé comme une ombre…
    Mère, encore un soleil qui ne brillera plus,
    Et qu'il faut ajouter à la liste sans nombre
    Des soleils et des jours à jamais disparus.

    Je ne les compte point : Le chêne qui s'effeuille
    Et qui pressent déjà le printemps approcher
    Compte-t-il les rameaux que l'orage lui cueille
    Pour les semer, de-ci, de-là, par le sentier ?

    Sur le vaste océan la rapide hirondelle
    Compte-t-elle, en partant chercher des jours plus beaux,
    Les plumes que le vent arrache de son aile
    Et qui s'en vont flotter sur le cristal des eaux ?

    Moi je m'envole aussi vers une autre patrie,
    Et j'espère un printemps qui doit durer toujours.
    Mère, qu'importe donc que j'effeuille ma vie,
    Qu'importent le grand vent, et l'orage, et mes jours ?

    Et je viens à tes pieds finir cette journée
    Pour que son souvenir, en renaissant parfois,
    Soit un soleil d'hiver à mon âme fanée,
    Quand je ne vivrai plus que des jours d'autrefois.

    Mère, il fait bon prier devant ta douce image !
    Quand je suis à genoux, les yeux fixés sur toi,
    Tu me parles, j'entends ton suave langage,
    Puis, je me sens pleurer, et je ne sais pourquoi…

    Je suis heureux pourtant… Quand je t'ai dit : Je t'aime,
    Quand mon regard se lève et cherche ton regard ;
    A travers le vitrail lorsque la lune blême
    Nous éclaire tous deux de son rayon blafard ;

    Quand tout s'endort au loin dans la morne nature,
    Quand partout le silence avec l'ombre descend,
    Mon âme alors vers toi monte, paisible, pure,
    Et je sens le bonheur m'inonder doucement.

    Mère, à mon dernier soir, semblable à la corolle
    Qui s'incline vers toi, ce soir, sur ton autel,
    Oh ! tourner mon regard vers ta douce auréole,
    Et m'endormir… dormir… sur ton sein maternel.

    Félix Anizan,

     

    « Les Roses de mon vieux jardin » (1934)

     

     


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    Dire un Ave...

     

    La Vierge à l'Enfant aux pigeons

     

    (image internet)

     



     



     

    Ce poème d’Apollinaire montre combien Marie peut être notre soutien, même dans les moments de tempête et de tourment ; que même quand, fatigués, nous ne croyons plus en rien, elle reste près de nous et nous tend la main.

     



     



     

    Pour n'avoir jamais oublié de dire chaque jour un Ave.

     

    Quand j'étais un petit enfant

     

    Ma mère ne m'habillait que de bleu et de blanc

     

    O Sainte Vierge

     

    M'aimez-vous encore

     

    Moi je sais bien que je vous aimerai

     

    Jusqu'à ma mort

     

    Et cependant c'est bien fini

     

    Je ne crois plus au ciel ni à l'enfer

     

    Je ne crois plus je ne crois plus

     

    Le matelot qui fut sauvé

     

    Pour n'avoir jamais oublié

     

    De dire chaque jour un Ave

     

    Me ressemblait me ressemblait

     

    Apollinaire

     



     



     

    J'avoue que j'ai été étonnée de lire ces mots sous la plume d'Apollinaire, ce qui prouve que l'empreinte du Baptême ne s'efface qu'avec la mort !

     

    Livuaaugustae

     


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    N'ayant pas été à Grenade, je n'ai pu contempler le jardin du Généralife, encore moins son laurier, je vous offre donc le laurier du jardin...

     

     

     

    Le laurier du jardin...

     

     

     

     

     

    Le laurier du Généralife

     

    Dans le Généralife*, il est un laurier-rose,
    Gai comme la victoire, heureux comme l'amour.
    Un jet d'eau, son voisin, l'enrichit et l'arrose ;
    Une perle reluit dans chaque fleur éclose,
    Et le frais émail vert se rit des feux du jour.

    Il rougit dans l'azur comme une jeune fille ;
    Ses fleurs, qui semblent vivre, ont des teintes de chair.
    On dirait, à le voir sous l'onde qui scintille,
    Une odalisque nue attendant qu'on l'habille,
    Cheveux en pleurs, au bord du bassin au flot clair.

    Ce laurier, je l'aimais d'une amour sans pareille ;
    Chaque soir, près de lui, j'allais me reposer ;
    A l'une de ses fleurs, bouche humide et vermeille,
    Je suspendais ma lèvre, et parfois, ô merveille !
    J'ai cru sentir la fleur me rendre mon baiser...

     

    Théophile Gautier

     



     



     

    *Le généralife est un jardin dans l'Allambra de Grenade

     

     


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    En ce mois de mai, qui est aussi le mois de Marie, je vous propose, ce joli poème que Leconte de Lisle lui dédia !

     

     

     

     

    Le mois de Marie...

    La Vierge et l'Enfant Jésus

     

    Pierre-Paul et Jan Rubens

     



     



     

    Terre ! oublie en un jour ton antique détresse !

     

    "Ah ! de sa tige d'or quand cette Fleur du ciel
    Tomba pour embaumer les vallons d'Israël,
    Que les vents étaient doux qui passaient dans les nues !
    Tu vis naître, ô Saron, des roses inconnues !
    Tes palmiers, ô Gadès, émus d'un souffle pur,
    Bercèrent, rajeunis, leurs palmes dans l'azur !
    Ton cèdre, ô vieux Liban, noir d'une ombre profonde,
    Croyant qu'il revoyait les premiers jours du monde,
    Salua le soleil qui brilla sur Eden !
    Le parfum oublié de l'antique jardin,
    Comme un cher souvenir et comme une promesse,
    Des enfants de l'exil adoucit la tristesse,
    Et de célestes voix, en chants harmonieux,
    Dirent ton nom, Marie, à l'univers joyeux.

    Terre ! oublie en un jour ton antique détresse !
    O Cieux ! comme les mers, palpitez d'allégresse !
    La Vierge bienheureuse est née au sein de Dieu !
    Elle vole, aux clartés de l'arc-en-ciel en feu,
    La Colombe qui porte à l'arche du refuge
    Le rameau d'olivier qui survit au déluge !
    Le mystique rosier va parfumer les airs !
    L'Etoile matinale illumine les mers !
    Saluez, bénissez, créatures sans nombre,
    Celle que le Très-Haut doit couvrir de son ombre,
    Et qui devra porter, vierge, en ses flancs bénis,
    Le Dieu qui précéda les siècles infinis !"

    Leconte de Lisle

     

     


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